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Trop de câlins, trop de cadeaux, trop d’attentions, trop de caprices ?

On perçoit souvent les enfants choyés comme potentiellement plus orgueilleux, prétentieux et capricieux. Qu’en est-il exactement ?

Concernant les bébés, l’usage a longtemps voulu qu’on les laisse pleurer et crier pour ne pas les habituer à recevoir une réponse trop directe. Nous avons tous entendu dire « Laisse-le crier, ça lui fera les poumons ! ». L’idée sous-tendue par cet usage est : si vous accourez dès que votre bébé appelle, il en profitera et prendra l’habitude de vous appeler en permanence, sans raisons. On a ainsi tendance à relier les pleurs excessifs d’un bébé à un trop plein d’attention et à une sorte de manipulation de sa part. Cette conception est évidemment fausse, mais elle reste coriace parmi les idées reçues. En réalité, un bébé pleure de façon excessive parce qu’il ressent une gêne ou une souffrance. Cette souffrance n’a rien à voir avec les attentions qu’on lui prodigue, mais avec l’intention qui se cache derrière ces attentions, et avec l’atmosphère qui règne autour de l’enfant. Si l’environnement de l’enfant est serein, si la maman est suffisamment sûre d’elle dans les gestes qu’elle accomplit au quotidien autour de son bébé, si elle se sent capable et désireuse de lui apporter amour, confort et sécurité, alors le bébé percevra cette assurance et pourra s’abandonner facilement dans les bras de sa maman ou ceux de Morphée, quelle que soit la quantité d’attentions prodiguées, importante ou rare. Si, en revanche, le bébé se trouve dans une ambiance générale tendue, ou si les soins qu’on lui apporte, aussi nombreux soient-ils, sont motivés par le stress ou la peur de mal faire, alors il ne pourra pas être en mesure de se sentir en sécurité, et appellera à l’aide fréquemment. Bien sûr, on parle ici de ce qui passe sur le plan émotionnel pour le bébé. Sur le plan physiologique, il est normal qu’un bébé malade pleure davantage. Par exemple, une maman vient me voir car son bébé, une petite fille de 3 mois, pleure sans cesse. En explorant l’environnement autour du bébé, rien à signaler : des parents aimants, un contexte familial heureux, et même une situation financière stable permettant un certain confort… Cependant, la maman en vient à m’expliquer qu’elle et son mari ont dû attendre 12 ans avant cette grossesse « miraculeuse », 12 ans à tenter tout ce qui était possible ; un parcours semé d’espoirs déçus. La dernière tentative fut pourtant la bonne, au bout de la 6ème FIV (Fécondation In Vitro). « Nos amis nous disent qu’on la dorlote trop… Mais vous comprenez, on n’arrive pas à croire qu’on y soit arrivé enfin ! On se dit toujours que la vie pourrait nous reprendre notre fille à tout instant… Alors on sursaute et on est attentif au moindre de ses soupirs ! », me dit la maman. Dans cette description, la partie importante à entendre, contrairement à ce qu’on croit, n’est pas celle où l’on apprend que les parents sont « aux petits soins » avec leur fille, mais celle qui nous informe sur l’état de stress qui règne autour de ce bébé. Les attentions excessives ne sont qu’une conséquence, qu’on a tendance à traiter comme une cause. Or, si l’on suggère à la maman, dans ce cas, de limiter ses attentions envers son bébé, cela ne fera qu’accentuer son désarroi. Ici, c’est un travail de compréhension et de gestion du stress qu’il convient de proposer aux parents, plutôt que de leur infliger une restriction quant aux attentions prodiguées à leur enfant, qui ne ferait qu’augmenter la tension familiale, et donc les pleurs de bébé. Cette règle consistant à mettre en avant, chez les parents, l’intention plutôt que l’attention s’applique à tous les âges de la vie de l’enfant. Imaginons un enfant de 10 ans qui serait « couvert » de cadeaux par ses parents régulièrement. Si l’intention (consciente ou non) des parents est de combler, par procuration, un manque matériel ou émotionnel qu’ils ont vécu étant eux-mêmes enfants, alors il est fort à parier que leur comportement aura pour conséquence de construire leur enfant sur le mode « enfant gâté ». L’enfant, par effet pendulaire, ne vivra que l’excès inverse de la défaillance affective subie par ses parents. On le verra alors en grande difficulté pour être au contact de ses désirs… Car toute envie et tout besoin seront comblés avant même qu’il ait pu les éprouver, puis les exprimer. Le manque de désir de l’enfant pourra évoluer en manque de motivation chez l’adolescent, que l’environnement aura bien du mal à analyser. En revanche, il n’en serait pas de même d’un enfant du même âge qui recevrait régulièrement des cadeaux en récompense d’un comportement adapté. En effet, ce peut être un choix des parents que d’éduquer leur enfant à travers, en partie, la motivation par la récompense. Pourquoi pas? Est-ce que nous, adultes, ne sommes pas motivés par un intérêt, un salaire, une gratification dans tous nos actes quotidiens? Ainsi, récompenser un enfant à chaque comportement adapté représente une démarche éducative cohérente, comme il en existe d’autres. L’intention ici ne se situe pas dans le registre de la faille émotionnelle, mais relève d’un positionnement réfléchi des parents dans leur choix éducatif. Bien sûr, la récompense doit toujours se montrer proportionnelle au contexte : on n’offre pas à un enfant une console vidéo dernier cri parce qu’il a débarrassé la table une fois ; mais on n’offre pas non plus un petit paquet de bonbons à un enfant qui a réussi progresser de façon significative dans ses résultats scolaires. Toute attention envers un enfant doit être chargée d’un sens et d’une logique spécifiques. Si le sens est rationnel et évident pour l’enfant, alors il n’y a aucune raison pour qu’il devienne capricieux ou perturbé. En revanche, si l’enfant sent que les attentions qu’on lui prodigue sont aléatoires car dépendantes de l’état émotionnel des parents, alors il sera incapable de percevoir le sens d’une démarche parentale et s’en verra fortement perturbé. Cela ne veut pas dire que les attentions envers l’enfant doivent être dénuées d’émotions, évidemment : un parent qui câlinerait son enfant sans raison spécifique apparente, uniquement pour lui dire « je t’aime » à sa façon, aurait bel et bien une démarche cohérente, bien qu’inconsciente, de pourvoir son enfant en affection.


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Psyrene

Le Centre PSYchologie, REcherche, NEurosciences se situe à Lyon, sur le plateau de la Croix-Rousse (69004). Il regroupe différents praticiens : psychologues, neuropsychologues, hypnothérapeutes, sophrologues, praticiens en TCC, en neurofeedback, en réalité virtuelle, en méditation pleine conscience, méthodologiste et psychopédagogie « Apprendre à Apprendre ».